Cultivez votre safran (crocus sativus)
Si vous appréciez cette épice, prenez cette invitation au
sérieux ! Un petit coin de jardin suffit ; la culture du crocus en
question s'avère d'une simplicité biblique et le tout combine plaisir
des papilles, des yeux et du porte-monnaie ! Voici comment faire...
Une épice rare et chère
Principalement produit en Iran, le safran provient de la partie
aérienne séchée du pistil d'un crocus : crocus sativus.
Son prix varie selon la qualité et le conditionnement, mais vous
pouvez compter de 8 à 16€ le gramme...
Enfin, il est toujours possible de se faire abuser (si ça ne sent
rien, passez votre chemin), alors qu'en faisant vous même votre propre
récolte...
Crocus sativus
Appartenant à la famille des Iridacées, le crocus à safran est un
petit bulbe d'automne, haut d'une quinzaine de centimètres, et qui
produit vers le mois d'octobre de jolies fleurs d'une belle couleur
violine.
Vous pouvez l'acheter dès le mois d'août en pépinière, jardinerie
ou par correspondance. Aujourd'hui largement diffusé, il est
généralement conditionné en sachet de 12 à 25 bulbes.
Chimie
| Composition chimique du safran |
| Composant |
Masse (%) |
| glucides |
12,0–15,0 |
| eau |
9,0–14,0 |
| polypeptides |
11,0–13,0 |
| cellulose |
4,0–7,0 |
| lipides |
3,0–8,0 |
| mineraux |
1,0–1,5 |
| divers non-azotés |
40,0 |
| Source : Dharmananda (2005) |
Le safran contient plus de 150 composés volatils et aromatiques.
Il possède également plusieurs composés non-volatils, nombres d'entre
eux étant des caroténoïdes, incluant zéaxanthine, lycopène, ainsi que
des a- et ß-carotènes. Cependant, la couleur jaune-orange d'or du
safran est principalement due à l'a-crocine. Cette crocine est un ester
di-(ß-D-gentiobiosyl) trans-crocétine (nomenclature IUPAC : acide
8,8-diapo-8,8-caroténoïque). Cela signifie que la crocine à l'origine
de l'arôme du safran est un ester digentiobiose de la crocétine, un
caroténoïde. Les crocines elles-mêmes sont une série de caroténoïdes
hydrophiles qui sont soit des esters polyènes monoglycosylés ou
diglycosylés de la crocétine. La crocétine est un polyène de diacide
carboxylique conjugué hydrophobe, et donc liposoluble. L'estérification
de la crocétine avec deux gentiobioses (des sucres hydrosolubles) donne
un produit hydrosoluble. L'a-crocine en résultant est un pigment
caroténoïde compris à hauteur de 10 % dans la masse de safran
frais. Les deux gentiobioses estérifiées font de l'a-crocine un
colorant idéal pour tous les aliments non gras basés sur l'eau comme
les plats à base de riz.
 Safrans en
fleurs dans un jardin
Conditions de culture
Ce crocus a besoin d'un sol bien drainé. Une terre sablonneuse ou
argilo-calcaire pas trop humide seront parfaites. Si votre sol est trop
lourd, allègez-le avec du sable ou de la tourbe.
Faites une entaille d'une dizaine de centimètres dans le sol, et
installez les bulbes au fond, bien à plat, tous les 10cm environ.
N'arrosez pas spécialement; la plante est en dormance jusqu'à
l'automne, qui déclenchera la végétation. Tablez sur une floraison vers
la fin du mois d'octobre si vous avez mis en terre courant août.
Crocus sativus prospère dans les climats semblables à celui des
maquis méditerranéens ou du chaparral nord-américain, où les brises
sèches et chaudes d'été soufflent au-dessus de terres semi-arides voire
arides. Néanmoins, la plante peut tolérer des hivers rigoureux,
survivant à des gels de -10 °C ainsi qu'à de courtes périodes sous
la neige. De même, s'il ne pousse pas dans un environnement humide
comme au Cachemire, où les précipitations atteignent 1 000 à
1 500 millimètres par an, le safran nécessite d'être irrigué.
C'est particulièrement vrai en Grèce (500 millimètres par an) et en
Espagne (400 millimètres par an). La fréquence des précipitations est
également un élément clé: des pluies printanières généreuses, suivies
d'été plutôt secs, sont idéales. De plus, les précipitations tout juste
antérieures à la floraison augmentent les productions de safran ;
néanmoins, les temps froids ou pluvieux durant la floraison favorisent
les maladies, réduisant ainsi la production. Un climat constamment
humide et chaud nuit également aux rendements.
| Morphologie de Crocus
Sativus |

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Stigmates (extrémités du pistil |
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Étamines (organes mâles) |
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Corolle (ensemble des tépales)
|
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Corme (organe de réserve). |
Le safran pousse idéalement s'il est exposé directement à la
lumière du Soleil, et s'accommode mal à l'ombre. Ainsi, les meilleurs
rendements sont obtenus pour les plantations exposées face au soleil
(par exemple vers le sud dans l'hémisphère nord), maximisant
l'exposition à la lumière. Dans l'hémisphère nord, la plantation a
souvent lieu en juin, les cormes étant enterrés entre sept et quinze
centimètres de profondeur. La profondeur et l'espacement, en
corrélation avec le climat, sont deux facteurs critiques ayant un
impact sur le rendement des plantes. Ainsi, les cormes plantés les plus
profondément fournissent un safran de plus haute qualité, bien qu'ils
produisent moins de bourgeons et de cormes fils. Sachant cela, les
producteurs italiens ont déduit qu'une profondeur de quinze centimètres
et un espacement de deux à trois centimètres entre les cormes
favorisent le rendement en stigmates, tandis que les profondeurs de
huit à dix centimètres optimisent la production de fleurs et de cormes.
Les producteurs grecs, marocains et espagnols ont adapté la profondeur
et l'espacement des plantations en fonction de leur propre climat.
Le safran préfère les sols argilo-calcaires friables, lâches, à
basse densité, bien arrosés et drainés, ainsi qu'une forte teneur en
matière organique. On utilise traditionnellement des parterres
surélevés pour favoriser un bon drainage. D'un point de vue historique,
les sols étaient enrichis par l'application de près de 20 à 30 tonnes
d'engrais organiques par hectare de terres. Après quoi, et sans ajout
supplémentaire d'amendement, les cormes étaient plantés. Après une
période de dormance durant l'été, les cormes envoient leurs feuilles
étroites et commencent à bourgeonner dès le début de l'automne. Mais
c'est seulement au milieu de celui-ci que la plante commence à fleurir.
La moisson des fleurs doit être très rapide : après leur floraison
à l'aube, les fleurs fanent rapidement durant la journée. En outre, le
safran fleurit dans une étroite fenêtre d'une à deux semaines. Il faut
approximativement 150 fleurs pour obtenir 1 g de safran sec. Pour
produire 12 g de safran séché (72 g avant séchage), il faut
près de 1 kg de fleurs. En moyenne, une fleur fraîchement coupée
fournit 0,03 g de safran frais, ou 0,007 g de safran sec.
Sur un balcon ?
Il est tout à fait possible de garnir une jardinière avec ces
petits bulbes; la floraison sera parfaite, mais la récolte sera à
proportion. Après-tout, quelques assiettes parfumées, ce n'est déjà pas
si mal
Plus petit (8 à 10 cm sans la queue), le campagnol
provençal commet de gros dégâts sur les cultures légumineuses et
les vergers, en région méditerranéenne.
C. Galine
Parasites et maladies
Les parasites comme les nématodes, la rouille
des feuilles et le pourrissement du corme peuvent également poser
problème, ainsi que la Fusariose et le Rhizoctone violet.
Mais les ennemis les plus redoutables pour le safran sont certainement
les rongeurs. Les campagnols exploitent les galeries creusées
par les taupes (qui ne nuisent pas à la culture), et dévorent les
cormes. Une production entière peut être anéantie par ces rongeurs qui
sont d'une voracité redoutable. Il est de plus difficile voire
inefficace d'intervenir en curatif. Pour éviter toute attaque, il est
important de planter la safranière loin du potager si celui-ci
est affecté. De plus, il est utile de labourer autour de la
parcelle car cela détruit les éventuelles galeries. Enfin, planter des
bulbeuses répulsives autour de la safranière telles que le narcisse
peut s'avérer utile pour freiner l'arrivée du ravageur.
La récolte
Chaque bulbe donne au moins une fleur. Comptez sur la division
spontanée des bulbes d'une année à l'autre.
Il faut néanmoins compter environ 150 fleurs pour produire un
gramme de safran... Ce qui est loin d'être négligeable ! Les petites
boites vendues dans le commerce contiennent en moyenne 0,4 à 0,5
grammes, et on compte généralement 0,03 grammes pour relever un plat.
Le jeu en vaut donc la chandelle !
Il est recommandé de laisser reposer le safran dans un petit
bocal hermétique environ un mois avant consommation.
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