Les fertilisants
Il m'arrive de demander en causant avec des experts de la
fertilité du sol : « Si un champ est laissé à lui-même, la fertilité
du sol augmentera-t-elle ou s'épuisera-t-elle? ». D'ordinaire, ils
hésitent et disent quelque chose comme : « Bien, voyons. Elle
s'épuisera... » Non, ce n'est pas le cas si l'on se souvient que si
l'on cultive le riz pendant longtemps dans le même champ sans engrais,
la récolte se stabilise alors autour de 24 quintaux à l'hectare. La
terre ne s'enrichit ni ne s'épuise.
Ces spécialistes se réfèrent à un champ cultivé et inondé
(culture du riz - MD). Si la nature est livrée à elle-même, la
fertilité augmente. Les débris organiques animaux et végétaux
s'accumulent et sont décomposés par les bactéries et les champignons à
la surface du sol. Avec l'écoulement de l'eau de pluie, les substances
nutritives sont entraînées profondément dans le sol pour devenir
nourriture des micro-organismes, des vers de terre et autres petits
animaux. Les racines des plantes atteignent les couches du sol plus
profondes et ramènent les substances nutritives à la surface.
Si vous voulez avoir une idée de Ia fertilité naturelle de la
terre, allez un jour vous promener sur le versant sauvage de la
montagne et regardez les arbres géants qui poussent sans engrais et
sans être cultivés. La fertilité de la nature dépasse ce que l'on peut
imaginer. C'est ainsi. Rasez la couverture forestière naturelle et
plantez des pins rouges du Japon, ou des cèdres, pendant quelques
générations et le sol s'épuisera et s'ouvrira à l'érosion. Par
ailleurs, prenez une montagne improductive à sol pauvre d'argile rouge
et plantez-la en pins ou en cèdres avec une couverture du sol en trèfle
et en luzerne. Comme l'engrais vert [1] allège et enrichit le sol,
mauvaises herbes et buissons poussent sous les arbres, et un cycle
fertile de régénération commence.
Il y a des cas où le sol s'est enrichi sur une profondeur de dix
centimètres en moins de dix ans. Pour faire pousser les récoltes
également, on peut arrêter d'utiliser des fertilisants préparés. Dans
la plupart des cas, une couverture permanente d'engrais vert et le
retour de toute la paille et de la balle sur le sol seront suffisants.
Pour fournir de l'engrais animal qui aide à décomposer la paille,
j'avais l'habitude de laisser les canards aller en liberté dans les
champs. Si on les y laisse aller quand ils sont canetons, pendant que
les plantes sont encore toutes petites, les canards vont grandir en
même temps que le riz. Dix canards vont pourvoir à tout le fumier
nécessaire sur un are et aideront aussi à contrôler les mauvaises
herbes.
J'ai fait cela de nombreuses années jusqu'à ce que la
construction d'une route nationale vienne empêcher les canards de
traverser pour aller aux champs et revenir à la basse-cour. Maintenant,
j'utilise un peu de crottes de poule pour aider à décomposer la paille.
Sur d'autres terres, canards ou autre petit bétail sont encore
possibles. Ajouter trop d'engrais peut causer des problèmes. Une année,
juste après le repiquage du riz, je louai un demi-hectare en champs
fraîchement plantés de riz pour une période d'un an. Je vidai toute
l'eau des rizières et procédai sans fertilisant chimique, répandant
simplement une petite quantité de crottes de poule. Quatre champs
poussèrent normalement. Mais dans le cinquième, quoi que j'y fisse, les
plants de riz poussèrent trop épais et furent attaqués par la
brunissure. [2] Quand je questionnai le propriétaire à ce sujet, il dit
qu'il avait utilisé ce champ tout l'hiver comme dépôt de fumier de
poules.
En utilisant de la paille, de l'engrais vert et un peu de fumier
de volaille, vous pouvez obtenir de hauts rendements sans ajouter de
compost ni de fertilisant du commerce. Depuis plusieurs dizaines
d'années maintenant, je reste tranquille à observer la démarche de la
nature pour faire pousser et fertiliser. Et tout en observant, je fais
de magnifiques récoltes de légumes, d'agrumes, de riz et de céréales
d'hiver, cadeau pour ainsi dire de la fertilité naturelle de la terre.
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