Venir à bout des mauvaises herbes
Dès qu'on arrête de cultiver, la quantité de mauvaises herbes
décroît nettement. Les variétés de mauvaises herbes dans un champ
donné vont de même changer. Si l'on sème pendant que la moisson
précédente mûrit encore, ces semences germeront avant les mauvaises
herbes. Les mauvaises herbes d'hiver ne lèvent qu'après la moisson du
riz, mais à cette époque-là, les céréales d'hiver ont déjà pris une
tête d'avance. Les mauvaises herbes d'été ne lèvent qu'après la
moisson de l'orge et de l'avoine, mais le riz est déjà en train de
croitre avec vigueur.
Description
En calculant les semailles de sorte qu'il n'y ait pas
d'intervalle entre la succession des cultures on donne aux graines
semées un sérieux avantage sur les mauvaises herbes. Si l'on recouvre
entièrement le champ de paille juste après la moisson, on coupe court
momentanément à la germination des mauvaises herbes. Le trèfle blanc
semé avec les semences, en couverture du sol, aide aussi à garder les
mauvaises herbes sous contrôle.
L'habituelle voie d'action sur les mauvaises herbes est de
cultiver le sol. Mais lorsque vous le cultivez, les graines enfouies
profondément dans le sol par le labour d'automne et qui n'auraient
jamais germé autrement, sont remontées à la surface au printemps lors
du travail de la terre et vous leur donnez une chance de germer. De
plus, dans ces conditions, vous donnez l'avantage aux variétés à
germination et croissance rapides. Ainsi pourriez-vous dire que
l'agriculteur qui essaye de contrôler les mauvaises herbes par la
culture du sol, stocke puis sème littéralement les graines de sa propre
infortune.
Une solution à ce problème consiste à pratiquer des faux semis au
printemps. Il s'agit d'ameublir au printemps et à plusieurs reprises
(intervalles d'une quinzaine de jours) le sol à l'aide de disques et
dents vibrantes pointues qui permettent de travailler en profondeur
sans retourner la terre. On provoque ainsi la germination d'un grand
nombre de mauvaises herbes qui sont détruites lors du passage suivant.
Utilité des mauvaises herbes
La nature laissant cependant peu de place au hasard, il est
légitime de rechercher la raison d'une présence abondante de mauvaises
herbes dans une culture comme dans une pâture.
Comme tous les autres végétaux, celles-ci poussent spontanément
dans les milieux où les conditions leurs sont favorables. Leur
prolifération est donc un indicateur précieux de l'état de santé du sol
qui les porte. Se débarrasser systématiquement des mauvaises herbes
sans s'interroger sur le pourquoi de leur présence revient à agir comme
un médecin qui voudrait se leurrer sur la bonne santé de son patient en
masquant les symptômes de sa maladie.
Manque d'humus, excès ou déficit d'humidité, carence minérale,
manque d'aération, autant d'obstacles à la fertilité ou d'indicateurs
d'erreurs culturales qu'il est ainsi relativement facile de détecter
avec un peu d'attention... Un minimum de connaissances à ce sujet évite
parfois d'avoir recours à des analyses chimiques coûteuses pour
détecter les déséquilibres du sol.
Quelques interprétations
On a constaté que bien souvent, les mauvaises herbes contiennent
les éléments dont le sol manque. Ainsi, les pâquerettes sont elles très
riches en calcium et poussent sur les terrains pauvres en calcaire.
Lorsque la plante meurt, elle restitue au sol les éléments dont il
manque et tend ainsi à corriger la carence. Il semblerait donc que l'on
assiste ici à un phénomène d'auto-guérison de la terre. Pour les
sceptiques, je précise que la plante ne fabrique vraisemblablement pas
les éléments en question. En réalité, elle est capable de les prélever
en profondeur là où ils sont inaccessibles aux plantes cultivées, et
rétablit une concentration plus élevée vers la surface en mourant. Il
paraît donc extrêmement bénéfique de laisser ces prétendues mauvaises
herbes sur place après leur arrachage si elles n'ont pas encore grainé.
Une autre possibilité consiste à les introduire dans le tas de compost
destiné à fertiliser la terre dont elles sont issues.
De même, les mauvaises herbes à système racinaire pivotant
(racine principale de forme conique, ayant surtout un rôle d'ancrage)
améliorent la structure des sols trop compactés. Elles aèrent le sol et
facilitent le drainage. C'est le cas du très connu Pissenlit, du
Tussilage ou encore des divers chardons souvent abondamment présent
dans les pâtures.
Autres utilisations
Nous avons vu que les mauvaises herbes sont capables d'extraire
les éléments minéraux du sol "profond" (l'ortie excelle d'ailleurs en
la matière, mais aussi la prêle). Elles peuvent donc servir à élaborer
un excellent fertilisant naturel. Pour cela, il suffit de les laisser
infuser dans un seau d'eau de pluie pendant quelques semaines. Le plus
judicieux est de diversifier le plus possible les espèces utilisées
pour enrichir le mélange. Il suffit ensuite de verser l'ensemble soit
au niveau des racines, soit directement sur le feuillage (dans ce cas,
il faut observer les mêmes règles que pour l'arrosage, c'est-à-dire ne
pas le faire en plein soleil pour éviter de brûler les plantes).
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