Guide Nature & bio : Micro-agriculture biointensive
Sommaire
Historique
Il s'agit d'une méthode développée au XXème siècle par le
maître-horticulteur anglais Alan Chadwick, elle s'inspire en partie de
l'agriculture biodynamique et de la méthode de maraîchage dite
intensive française. De la biodynamie elle reprend l'absence d'intrant
(créant ainsi des systèmes agricoles autofertiles), le compagnonnage
végétal, l'utilisation de certaines préparations à base de plantes, et
l'attention au cycle lunaire synodique (lune croissante/décroissante,
nouvelle/pleine lune) pour les semis. De la méthode intensive française
elle reprend le travail sur buttes préparées par double-bêchage, et la
minimisation de l'espacement des plantes. Les apports propres d'Alan
Chadwick concernent d'une part l'usage de variétés-populations ou
variétés anciennes (pas d'hybrides F1 ni de variétés issues de la
"révolution verte") et les proportions de surfaces consacrées aux trois
grand types de plantes qui y sont cultivées (voir plus bas)
Les grands principes
1. Culture sur buttes avec double-bêchage (c'est à dire travail du sol
sur une profondeur de deux fers de bêche, soit environ 60 cm) initial.
Par la suite, lorsque le sol acquiert une bonne structure, on ne le
travaille et n'y incorpore le compost qu'en surface, et on l'ameublit
sans retournement à l'aide d'une grelinette ou outil
similaire. L'ameublissement du sol en profondeur permet une meilleure
aération en même temps qu'une meilleure pénétration de l'eau (ce qui
limite les besoins en arrosage), et permet un développement racinaire
plus profond. Cela permettra aux plantes d'aller chercher plus
facilement certains nutriments situés en profondeur, et d'être plantées
de façon plus serrée sans qu'elles se gênent au niveau racinaire.
2. Apports en matière organique humifiante (compost, mulch),
cette matière étant produite par les plantes elles-mêmes. Ainsi aucun
apport organique extérieur n'est indispensable après la première année
de culture.
3. Semis/plantations en quiconces pour mieux utiliser l'espace
(pas de rangées et de bandes vides entre elles) en respectant les
distances de semis/plantation propres à chaque plante. Ce mode de
plantation génère un microclimat plus frais et humide à la surface du
sol, ce qui limite les besoins en arrosage. Elle assure par ailleurs
une meilleure résistance des plantes au vent.
4. Association d'espèces à bénéfices réciproques (ou "plantes
compagnes"), et rotations des cultures en fonction de leurs besoins en
azote. Ces deux pratiques sont bien connues et appliquées dans toutes
les pratiques agro-écologiques.
5. Usage de trois grands types de plantes :
- les plantes à grains, à haute teneur calorique et protéique
par gramme d'aliment, représentent 60% de la surface cultivée. Ce sont
leurs tiges et leurs feuilles qui fourniront de l'humus pour
l'ensemble des plantations. Il s'agit donc d'un système autofertile.
Ces plantes sont entre autres les fèves, le sarrasin, le quinoa,
l'amaranthe, le tournesol, le noisetier, et toutes les céréales. Bien
qu'il ne soit pas une plante à grains, le topinambour entre aussi dans
cette catégorie car il produit une importante biomasse aérienne.
- les légumes-racines et bulbes à forte productivité calorique
et protéique par unité de surface, représentent 30% de la surface
cultivée. Ces plantes sont la pomme de terre, la patate douce, l'ail,
le panais, le salsifi, la scorsonère, la bardane, le rutabaga, le
navet (si on consomme aussi les fanes), le poireau, l'oignon
.
- les légumes-feuilles, légumes-fruits, pois et haricots,
représentent 10% de la surface cultivée.
Ces proportions ont été pensées en fonction des besoins en biomasse
pour la production d'humus, ainsi que des besoins alimentaires humains.
Pour ce dernier point on veillera en particulier, si on cultive des
céréales, à cultiver suffisamment de fabacées (fèves, haricots, pois)
pour complémenter leur apport protéique.
6. Autoproduction de semences, utilisation de variétés-populations.
7. Nécessité de mettre en pratique ces 6 choses à la fois. Le fait de
planter serré ne peut donner de bons rendements que si le sol est
amendé en humus et ameubli en profondeur. D'un autre côté, les plantes
à grains peuvent en effet fournir l'humus nécessaire à l'ensemble des
cultures, mais à condition que tout soit planté serré, utilisant ainsi
une surface minimale.
Avantages
- Elle enrichit le sol en humus et y permet le développement des
êtres vivants associés (champignons, bactéries, vers de terre etc.)
- Elle fixe une grande quantité de carbone atmosphérique par
unité de surface sous forme d'humus.
- Elle ne nécessite aucun outillage onéreux ou énergivore
- Elle permet une autonomie alimentaire durable, sans intrant,
sur une petite surface (440 m² en moyenne pour une autonomie
alimentaire totale en régime végétalien et pour une saison de
croissance de 6 mois). Bien entendu il ne s'agit pas d'une méthode
réservée aux végétaliens, seulement dans l'idée de minimiser la
surface nécessaire pour produire sa nourriture, l'alimentation
végétalienne est celle qui demande le moins de surface à cultiver,
c'est pourquoi elle est mise en avant dans cette méthode.
- Elle permet de réduire au minimum la part alimentaire de notre
empreinte écologique, d'une part du fait de la faible surface cultivée
nécessaire, d'autre part du fait de l'absence de transport et de
transformation industrielle des aliments.
- De par la faible surface cultivée nécessaire, elle permet de
laisser de la place pour le développement d'écosystèmes sauvages.
- Elle répond à la nécessité de diminuer la surface de terre
cultivée pour se nourrir, sachant qu'actuellement la surface moyenne
disponible est d'environ 2500 m² par personne et que cette surface
tend à diminuer.
- L'autoproduction de semences de variétés-populations permet de
contribuer à sauvegarder la biodiversité des plantes cultivées.
Inconvénients
- Le double-bêchage initial peut représenter un effort
important, notamment si le terrain est compact.
- Il est nécessaire d'appliquer en même temps les différents
principes mentionnés ci-dessus.
- Du compost est nécessaire au départ
- Et il faut quand-même savoir jardiner un minimum ;).
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