La chlorose ferrique
Le jaunissement des feuilles est souvent lié à une carence. Au
niveau du pêcher, il signale une chlorose ferrique, dû notamment à la
présence de calcaire dans le sol. Conseils pour concilier calcaire et
pêcher !
Symptômes
Les feuilles de votre pêcher prennent une coloration
jaunâtre : seules les nervures restent vertes (voir dessin ci-dessus).
Cela commence sur les jeunes pousses, puis les décolorations gagnent
les autres branches. Les feuilles se nécrosent et finissent par tomber.
La croissance de l'arbre s'en ressent et il commence à
dépérir. Ce jaunissement affecte aussi la vigne, le poirier, le rosier
et quelques autres ornementales. Ces décolorations du feuillage sont
souvent liées à des carences, mais ne sont pas toujours faciles à
identifier.
Carte d'identité
Sur le pêcher, ces symptômes font immédiatement penser
à la chlorose ferrique, car cet arbre y est particulièrement sensible.
La plupart du temps, il ne s'agit pas à proprement parler d'une
carence, car les sols sont généralement bien pourvus en fer et les
prélèvements par les racines sont relativement faibles. En fait, c'est
le calcaire qui, dans certains sols, bloque
l'assimilation du fer par la plante. Le fer étant indispensable à la
synthèse de la chlorophylle (et comme activateur d'enzymes), les
premiers symptômes sont donc ces décolorations du feuillage. Attention,
les carences en manganèse provoquent elles aussi des décolorations du
feuillage. Tous les sols calcaires ne provoquent pas de
chlorose. Cela dépend pour l'essentiel de la granulométrie du calcaire
: s'il est suffisamment fin pour être soluble et devenir chimiquement
actif. C'est ce qu'on appelle la teneur en calcaire actif, qui fait
partie des données de base de l'analyse de sol. À partir de 10 % de
calcaire actif, il faut être vigilant et éviter d'installer des plantes
sensibles à la chlorose.
Moyens de lutte
Faut-il renoncer à cultiver des pêches en terrain
calcaire ? Heureusement non !
- Il suffit de choisir un porte-greffe tolérant
: prunier Saint-Julien ou pêcher-amandier. Les signes de chlorose
n'apparaissent parfois qu'au bout de quelques années, car le pêcher
est un arbre qui s'affaiblit en vieillissant. Au-delà de 15 ans, s'il
montre des signes de chlorose, remplacez-le. Évitez également de
greffer l'abricotier sur pêcher et le poirier sur cognassier, lui
aussi assez sensible au calcaire actif (tous les autres porte-greffes
conviennent). De même pour la vigne, utilisez des porte-greffes
résistants au calcaire. Quant aux rosiers, préférez ceux greffés sur
Rosa canina qui s'adapte à tous les types de sols.
- Hormis la présence de calcaire actif, il existe d'autres facteurs
aggravantspour la chlorose : les sols à texture fine et sensibles à
la battance, la présence continuelle d'humidité ou au contraire une
sécheresse prolongée. Laissez le plus possible ces terres enherbées :
un sol nu favorise la chlorose et plus on le travaille, plus on
fragmente le calcaire en libérant du calcaire actif. Au contraire,
l'enherbement provoque des micro-acidifications racinaires et stimule
l'activité biologique. Drainez les sols humides, irriguez et mulchez
en cas de sécheresse - vous pouvez dans ce cas utiliser les écorces
de pin, connues pour être acidifiantes. Les apports de compost sont
très bénéfiques (présence d'acides humiques et stimulation de la vie
microbienne).
- À ces remèdes de fond, on peut ajouter la pulvérisation
foliaire de purin d'ortie, riche en fer et en
nombreux minéraux, qui permet de corriger momentanément les problèmes
de chlorose. Pour une action plus durable, les chélates de fer,
autorisés en bio et disponibles en jardinerie, permettent d'apporter
du fer aux racines sans qu'il soit bloqué par le sol. Nettement plus
efficace en tout cas que la technique ancienne qui consiste à épandre
au pied de l'arbre une eau dans laquelle ont trempé des clous
rouillés...
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Antoine Bosse-Platière
© Farkas Dorner
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