Puceron cendré du pommier
Parmi les multiples pucerons qui s'attaquent au pommier, c'est
celui qui provoque le plus de dégâts : enroulement puis jaunissement
des feuilles, déformation des rameaux et des fruits... Comment le
reconnaître, et comment lutter efficacement ?
Introduction

Colonie de pucerons cendrés au revers d'une feuille
Bienvenue dans la grande, l'immense famille des pucerons. Plus
de 900 espèces recensées en Europe ! Avec des caractéristiques communes
extrêmement désagréables : la faculté de se reproduire à très grande
vitesse et d'être très mobiles, celle d'attaquer la plupart de nos
plantes cultivées en se nourrissant de leur sève et de leur transmettre
des maladies à virus.
Nous allons nous intéresser au genre Dysaphis, qui comprend une
centaine d'espèces et parmi elles Dysaphis plantaginea, plus
connu sous le nom de puceron cendré du pommier (son hôte secondaire est
le plantain). Parmi les nombreuses espèces de pucerons qui s'attaquent
au pommier, c'est le plus dangereux, avec le puceron lanigère.
L'adulte, aptère (sans ailes), est un gros puceron d'environ 2,5 mm,
globuleux, vert olive ou rose vineux, recouvert d'une pulvérulence
blanche à grisâtre, et doté de longues antennes. Les formes ailées sont
vert foncé.

Dégâts sur le feuillage
Symptômes
Les premières colonies se forment dès le mois d'avril et les
dégâts ne tardent pas à apparaître : les feuilles se gaufrent, se
déforment et s'enroulent avant de jaunir ; les jeunes rameaux et les
fruits se déforment également ; ces derniers resteront petits et
bosselés.
En outre, ce puceron rejette un abondant miellat qui favorise le
développement de la fumagine
(moisissures noirâtres), et qui intéresse beaucoup les fourmis.
Celles-ci visitent régulièrement leurs " troupeaux ", stimulent la
production de miellat, et protègent les pucerons de leurs ennemis
naturels, favorisant ainsi leur prolifération.
Mode de vie
La reproduction des pucerons est assez étonnante et elle explique
la rapidité des pullulations.
Le cycle commence avec les œufs d'hiver pondus sur l'hôte
primaire (le pommier) après fécondation classique des femelles par des
mâles. Les œufs noirs et ovales sont situés à la base des bourgeons ou
sous les écorces. Ils résistent au froid et éclosent lors du gonflement
des bourgeons, donnant naissance à des " fondatrices ".
 Pommes
déformées suite aux piqûres du printemps
Le cycle va alors connaître une fabuleuse accélération grâce à la
parthénogenèse : il n'y a plus de perte de temps due à la rencontre des
sexes, et ne naissent que des femelles. De plus, celles-ci sont
vivipares (pas de stade œuf) et les larves deviennent adultes et se
reproduisent très rapidement : on compte six à neuf générations par an,
de mai à octobre, chaque femelle pouvant engendrer environ 70 larves. À
ce rythme, la surpopulation guette... Les adultes s'adaptent alors en
mettant au monde davantage d'individus ailés qui se disséminent sur
d'autres pommiers.
À partir de juin commence la migration vers l'hôte secondaire, le
plantain (parfois aussi le rumex ou le cerfeuil), où vont apparaître
les formes sexuées qui reviendront à l'automne s'accoupler et pondre
sur le pommier.
L'autre grande particularité des pucerons, c'est leur système
buccal de type piqueur-suceur. Très sophistiqué, il leur permet
d'accéder aux tissus qui transportent la sève élaborée à l'intérieur
des végétaux. La piqûre s'accompagne parfois de sécrétion de salive qui
peut transmettre des virus (notamment avec les pucerons des légumes).
Comment lutter ?
Toutes les variétés de pommiers n'ont pas la même sensibilité au
puceron cendré.
On évitera les plus sensibles :
- 'Granny Smith',
- 'Baujade',
- 'Idared',
- 'Topaz'.
Il n'en existe que deux qui lui résistent :
Les excès de fertilisation, notamment azotée, favorisent son
développement ainsi que les gourmands très vigoureux, qu'il faut
tailler. L'important, c'est de ne pas se laisser prendre de vitesse,
car les insecticides végétaux sont peu efficaces sur des colonies
installées, surtout si les feuilles sont déjà enroulées. Ils sont
également peu sélectifs, à un moment où les auxiliaires sont les seuls
à pouvoir jouer un rôle régulateur. La bonne stratégie
consiste à :
- empêcher l'arrivée des fourmis en posant des barrages englués
(ou colliers antifourmis du commerce) sur le tronc avant le départ de
la végétation ;
- effectuer un traitement aux huiles blanches (paraffine)
diluées à 1 ou 1,5 %, dès l'ouverture des bourgeons si la température
est supérieure à 10 °C. L'objectif est de toucher les œufs en cours
d'éclosion et les jeunes fondatrices ;
- traiter une seconde fois, toujours avant la fleur, au moment
où les feuilles s'écartent, en ajoutant un insecticide végétal (à base
de pyrèthre) afin d'atteindre également les fondatrices plus âgées.
Enfin, il faut s'efforcer de favoriser au maximum la présence des insectes auxiliaires
par des haies variées, des bandes florales diversifiées et un
enherbement à fauches espacées. Les larves de syrphes sont les plus
précoces et les plus voraces, puis viendront coccinelles, chrysopes,
cécidomyies... si vous évitez tout traitement insecticide après la
fleur. Ce dernier ne se justifie qu'en cas de fortes attaques sur de
jeunes arbres qui risquent d'en pâtir durablement.
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