Piéger la taupe : conseils de pro
Pour les amateurs de belle pelouse qui voient fleurir des
taupinières, la taupe devient rapidement l’ennemi public n°1. Lorsque
le conflit est déclaré, reste le choix des armes : répulsifs,
ultra-sons, fumigènes, détaupeur, poison, pétard, colle à papier
peint, piège à taupe... Difficile de s’y retrouver ! Jérôme Dormion,
taupier au château de Versailles, va vous aider à y voir plus clair.
Profession : taupier !
Jérôme Dormion est l'auteur du livre « le piégeage traditionnel des
taupes » et fondateur d’un réseau de taupiers sur la France et la
Belgique.
Il combat les idées reçues et privilégie le piège traditionnel,
le plus efficace et le seul autorisé en culture biologique. Il nous
aide ici à y voir plus clair sur cet animal très mystérieux. Car quand,
malgré l'amour de la Nature et le respect de la biodiversité, on doit
faire quelque chose pour limiter les dégâts de ces charmantes petites
bêtes, autant employer une solution qui marche !
L'interview
G : Les différentes techniques pour lutter contre les
taupes sont-elles efficaces ?
JD : Le marché des anti-taupes en France est de 10 millions
d’euros ! Vous comprendrez alors aisément pourquoi les fabricants
rivalisent d’inventivité pour mettre sur le marché de nouveaux
produits.Les produits anti-taupes vendus dans le commerce sont de plus
en plus complexes, souvent dangereux pour l’homme, les animaux
domestiques et l’environnement.
De plus, aucun fabricant n’a cherché à connaître davantage cet
animal, son mode de vie… une large majorité pense encore que la taupe
est hémophile ou qu’elle mange des racines !
Résultat, les consommateurs achètent en moyenne 2,5 produits et
le taux de réussite pour exterminer ou faire fuir les taupes est
seulement de 7 %, de quoi rassurer les défenseurs de la taupe...
La seule technique efficace est le piégeage traditionnel, pour
preuve c’est la seule technique utilisée par les taupiers
professionnels qui savent qu’« on ne se débarrasse que de celui
que l’on connaît parfaitement ».
G : La cohabitation est-elle possible ?
JD : Oui, il y a des jardins où la cohabitation avec une taupe peut se
passer sans trop de problèmes. En effet, passés les dégâts des
premières taupinières (monticule de terre), il peut arriver qu’une fois
celles-ci rasées, plus aucune taupinière ne réapparaisse. Le
régime alimentaire de la taupe est pour 90 % constitué de vers de
terre, si la taupe ne persiste pas dans votre jardin, c’est que celui
doit être peu fertile (donc peu de vers de terre) et la taupe va
chercher d’elle-même un autre terrain, chez le voisin peut-être ?
Si les taupes restent au fond de votre jardin, les dégâts restent
modestes et ne nécessitent pas vraiment qu’on leur déclare la guerre.
Mais malheureusement, dans bien des jardins, les taupinières ne
cessent de se succéder, jour après jour, il faut agir !
G : Existe-t-il des solutions préventives ?
JD : Non, aucune solution préventive n’est efficace. Par contre,
il faut éviter de stocker au fond de votre jardin les déchets de
tontes, car cela reste une véritable réserve de nourriture et vous
multipliez par 10 le risque d’avoir des taupes.
 Rat taupier
G : Qu’appelle-t-on le rat-taupier ?
JD : C’est le nom vulgaire du campagnol, qui lui est un rongeur,
contrairement aux taupes il se nourrit uniquement de racines. Fainéant
de nature, il squatte souvent les galeries de taupe.
Mais rassurez-vous, la présence de campagnols est très régionale, il
est très présent en Auvergne et dans le sud-est de la France.
Le piégeage traditionnel est aussi très efficace contre le campagnol
G : Pourquoi la taupe fait-elle des taupinières ?
JD : La taupe creuse des galeries, elle tisse une « toile
d’araignée » sous terre, et toute la journée tourne dans ces
galeries qu’elle a creusées pour manger des vers de terre.
Lorsque vous creusez un tunnel, vous évacuez ensuite la terre, la taupe
fait de même et forme ainsi les taupinières.
G : Pourquoi la taupe apparaît-elle souvent subitement
dans un jardin ?
JD : Concernant leur apparition, comme il s’agit d’animaux
solitaires, dès que les 5 petits sont adultes, ils partent explorer et
s’établir sur un nouveau territoire de chasse qui peut être votre
jardin ou votre potager…
G : En quoi consiste le piégeage traditionnel ?
 Piège traditionnel
JD : Tout simplement à utiliser un piège à taupe, en sachant le
disposer et masquer l’odeur humaine dont elle se méfie. Si les pièges
sont bien posés, la taupe est éliminée en 24 heures. Cette technique,
déjà utilisée par Le Nôtre sous Louis XIV, est celle que j’utilise
toujours aujourd’hui pour mon client, le Château de Versailles.
Les anti-taupes où aucune connaissance ne vous est demandée n’existe
pas, c'est pourquoi j’ai écrit un livre « le piégeage traditionnel des
taupes » aux éditions Ulmer et créé un coffret anti taupe, pour
que le particulier puisse arriver à piéger les taupes seul. Le
livre vous permettra de connaître la taupe, préparer le piège et
choisir la bonne taupinière pour y placer le piège
G : Quelle est la meilleure période pour piéger les
taupes ?
JD : La taupe n’hiberne pas, elle est active toute l’année.
Contrairement à d’autres mammifères (marmotte), elle ne peut pas
hiberner, car elle n’est pas capable de faire de réserves graisseuses.
G : Beaucoup de jardiniers se plaignent de la
recrudescence des taupes, comment l’expliquez-vous ?
JD : Depuis quelques années beaucoup de produits chimiques
(insecticides…) utilisés en agriculture et en espaces verts ont été
interdits. La conséquence est qu’il y a plus de micro-organismes, votre
sol redevient naturel, plus de vers de terre, plus de nourriture pour
les taupes, ce qui entraine une meilleure reproduction et donc une
augmentation de la population. L’autre facteur d’augmentation
du nombre de taupes, c’est qu’elles n’ont plus ou peu de prédateurs,
mis à part quelques bons chats de campagne.
G : Existe-t-il plusieurs espèces de taupes ?

Condylure étoilée
JD : Oui, en Europe nous avons principalement la taupe commune
« Talpa europaea », mais la plus étonnante est la taupe
étoilée « condylure étoilée ». Cette étrange taupe est le
mammifère qui mange le plus vite, grâce à ses 22 tentacules qui forment
son nez sans égal. On la trouve au Canada. Elle passe une bonne partie
de son temps dans l’eau, et peut même plonger sous la glace en hiver.
G : Avez-vous des anecdotes historiques ?
JD : Oui, une fin tristement célèbre du prince d’orange Guillaume
III d’Angleterre (1650-1702) qui est décédé à cause d’une taupe !
En effet, son cheval trébucha contre une taupinière, ce qui le
désarçonna et entraina sa chute mortelle.
La seconde anecdote, que m’a racontée Alain Baraton, est que le
taupier M. Liard du Château de Versailles, qui bénéficiait à l’époque
d’un logement de fonction dans l’enceinte du Château, y organisait
fréquemment des soirées avec des femmes peu fréquentables. Napoléon
ayant découvert toutes ces allées et venues, le vira sur le
champ !
A lire également : quelques expressions autour du mot
"taupe"
Jérôme Dormion
J.D. (1,2,3,5,6) / Nick Ford (4) / Amada44
(7)
|